L’Agence internationale de l’énergie alerte: un retour de Donald Trump à la Maison Blanche ferait peser un risque tangible sur la trajectoire des énergies renouvelables. Le signal politique venu de Washington se durcit, au moment même où l’AIE anticipe un nouveau record mondial de capacités vertes installées.
Le marché s’active: plus de 740 GW d’installations renouvelables sont attendus sur l’année, essentiellement tirés par la Chine et le solaire. Mais une inflexion américaine pourrait agir comme une tectonique des plaques économiques: pétrole plus abondant, dollar fort, guerre commerciale relancée — autant de facteurs capables de rebattre les cartes de la compétitivité des projets verts.
Au-delà des slogans, les mécanismes sont concrets: coût du capital, prix relatifs de l’énergie, chaînes d’approvisionnement, métaux critiques, régulation des réseaux. Les développeurs — de TotalEnergies à EDF Renouvelables, d’ENGIE à Neoen, Voltalia ou Akuo Energy — ajustent déjà leurs plans face à ce nouveau cycle.
Sommaire
- AIE: pourquoi un retour de Donald Trump menacerait l’élan des renouvelables
- Marché 2025 selon l’AIE: 740 GW nouveaux, Chine et solaire en tête
- Politiques américaines: pétrole, dollar et guerre commerciale, quels effets?
- Coût du capital, PPA et réseaux: le “miroir déformant” des indicateurs
- Entreprises et réseaux: stratégies de TotalEnergies, EDF Renouvelables, ENGIE, Neoen, Voltalia, Akuo Energy et Enedis
- Fabricants et industriels: Vestas, Siemens Gamesa, Schneider Electric face au cycle
AIE: pourquoi un retour de Donald Trump à la Maison Blanche menacerait la dynamique des énergies renouvelables
L’AIE met en garde contre un choc de trajectoire: un exécutif américain pro-fossiles ralentirait la courbe d’adoption des renouvelables via des arbitrages budgétaires, réglementaires et diplomatiques. Au récent sommet de l’énergie, Washington a qualifié les politiques hostiles aux fossiles de « néfastes et dangereuses », un signal interprété comme un changement d’ère.
Ce cadrage politique pèse sur les anticipations des investisseurs. Le coût du capital des projets verts réagit vite à l’incertitude réglementaire, tandis que les majors fossiles y voient un appel à l’offre.
- Réglementation: durcissement possible sur les normes climatiques et révision d’incitations clés.
- Diplomatie énergétique: soutien accru à la production d’hydrocarbures et aux permis d’exploration.
- Commerce: tensions tarifaires sur les composants solaires/éoliens importés.
- Signal-prix: pétrole et gaz plus abondants, renchérissant le benchmark concurrent des ENR.
Le ton a été explicite lors du sommet de l’AIE, relayé par plusieurs médias internationaux: voir les analyses du Nouvel Obs, de Le Devoir ou encore de France 24. L’interrogation demeure: cette inflexion pèsera-t-elle assez pour enrayer la dynamique mondiale?
Sommet de l’Agence internationale de l’énergie: un signal politique pro-fossiles assumé
Les prises de position américaines, très commentées, s’inscrivent dans une stratégie plus large: privilégier la sécurité d’approvisionnement fossile à court terme, quitte à ralentir l’arbitrage vers le bas carbone. Dans ce contexte, le scénario d’un recul partiel des soutiens fédéraux aux renouvelables redevient plausible.
Pour mémoire, plusieurs projections évoquent un surcroît d’émissions en cas de virage politique affirmé. Certaines estimations anticipent jusqu’à 4 milliards de tonnes supplémentaires de CO2 d’ici 2030 aux États-Unis en cumul, sous hypothèses pro-fossiles ambitieuses, comme l’explique Futura.
- Message: re-légitimation des fossiles au nom de la croissance et de la sécurité.
- Marché: hausse attendue de l’offre pétrolière et gazière, pressions à la baisse sur les prix.
- Investisseurs: réallocation partielle vers hydrocarbures à rendement immédiat.
Mais un cycle politique n’efface pas les tendances structurelles: l’accélération technologique et la baisse des coûts des ENR demeurent des moteurs puissants.
Marché 2025 des renouvelables selon l’AIE: 740 GW de nouvelles capacités, mais des vents contraires américains
L’AIE anticipe un nouveau record annuel avec plus de 740 GW installés dans le monde, après environ 685 GW l’an passé et un peu plus de 200 GW en 2019. L’agence projette un doublement des capacités électriques renouvelables en cinq ans, soit environ +4 600 GW.
Cette dynamique est essentiellement portée par la Chine (près de 60% des ajouts) et par le solaire (environ 80% des nouvelles capacités), loin devant l’éolien. Un tel « effet sablier » concentre l’exécution dans quelques filières et géographies.
- Record annuel: >740 GW en 2025 (scénario central AIE).
- Comparaison: ~685 GW en 2024; ~200+ GW en 2019.
- Trajectoire: capacités renouvelables doublées à horizon cinq ans.
- Poids Chine: ~60% des ajouts; poids solaire: ~80% des nouvelles capacités.
Dans cette course, l’Europe interroge sa souveraineté industrielle et sa vitesse d’exécution, partagée entre analyse, normes et impératifs de compétitivité.
Chine, solaire et l’effet sablier des chaînes d’approvisionnement
La compétitivité du solaire reste arrimée aux chaînes d’approvisionnement asiatiques. La dépendance renforce la vulnérabilité européenne face aux chocs tarifaires ou géopolitiques, comme le rappelle cette analyse sur les vulnérabilités de l’Europe et cette tribune sur l’écart entre analyse et action.
Des signaux de relocalisation émergent toutefois, à l’image d’un industriel chinois de panneaux qui s’implante en France, évoqué ici: DAS Solar dans le Doubs. Le défi? Passer de cas isolés à une base industrielle cohérente.
- Approvisionnement: sécuriser wafers, cellules, onduleurs dans un cadre de tensions commerciales.
- Qualité/coût: arbitrer vitesse et critères ESG sur la chaîne.
- Industrialisation européenne: éviter l’effet de ciseau prix/demande.
Cette centralité du solaire n’efface pas l’éolien, qui évolue entre innovations et contraintes matérielles, notamment sur les matériaux et le génie civil.
Métaux critiques et transition AIE: cuivre, lithium et arbitrages industriels
Le goulot d’étranglement des métaux stratégiques (cuivre, lithium) revient au premier plan. L’INEC alerte sur l’intégration des ressources dans les stratégies de transition, un impératif pour sécuriser l’électrification.
Dans l’éolien, l’empreinte des fondations en béton pèse, comme le détaille cette mise en perspective sur l’impact du béton. Parallèlement, les technologies flottantes, à l’image du projet évoqué chez Valeco, desserrent certaines contraintes de site.
- Sécurisation: contrats long terme sur cuivre/lithium et recyclage.
- Innovation: éolien flottant, substitution de matériaux, sobriété matière.
- Logistique décarbonée: articulation avec de nouveaux carburants maritimes, comme le souligne ce cas e-méthanol.
En un mot, la transition reste un chantier industriel: sécuriser l’accès aux ressources conditionne la cadence d’installation autant que les aides publiques.
Politique énergétique de Donald Trump: effets potentiels sur le coût du capital et la compétitivité des renouvelables
Une présidence Trump pourrait rimer avec « excès de pétrole, dollar fort, guerre commerciale », résume cette analyse d’Agence Ecofin. Le secteur de l’énergie anticipe des arbitrages réglementaires et fiscaux favorables aux hydrocarbures, qui modifieraient les signaux-prix.
Conséquence immédiate: des fossiles meilleur marché et des barrières commerciales accrues pourraient rendre les renouvelables moins compétitives à court terme, comme le souligne ce point sectoriel Affinicia. Pour autant, plusieurs experts estiment que ce choc ne signerait pas la fin de la révolution verte, rappelle Forbes.
- Subventions/standards: reconfiguration des crédits et normes climatiques.
- Commerce: droits de douane sur panneaux/éoliennes et composants.
- Financement: prime de risque plus élevée pour les ENR US.
- Diplomatie: accent sur la sécurité pétrolière et gazière.
Au-delà du débat électoral traité par Radio-Canada, l’enjeu est d’anticiper la nouvelle hiérarchie des coûts relatifs. Connaissance des Énergies détaille ces implications, entre climat, industrie et commerce.
Pétrole abondant, dollar fort et PPA: le miroir déformant des indicateurs
Un pétrole abondant et un billet vert fort compressent le coût apparent des fossiles dans les comparaisons de compétitivité. Les PPA (contrats d’achat d’électricité) deviennent plus difficiles à structurer si les acheteurs perçoivent un « plancher fossile » bas et volatile.
Dans ce « miroir déformant des indicateurs », la discipline financière et la flexibilité contractuelle redeviennent centrales: clauses d’indexation, maturités modulables, partage de risques. Les développeurs renforcent aussi leurs stratégies d’optimisation énergétique côté clients finaux.
- Gestion des coûts: outils d’optimisation tarifaire, voir ces tendances.
- Sobriété: plans de réduction de consommation, cf. bonnes pratiques.
- Flexibilité: pilotage de la demande et options type EJP d’EDF.
En creux, les PPA plus robustes et l’efficacité énergétique créent des ponts sur les phases de cycle où le fossile semble reprendre l’avantage.
Entreprises et réseaux: comment TotalEnergies, EDF Renouvelables, ENGIE, Neoen, Voltalia, Akuo Energy et Enedis peuvent s’adapter
Les acteurs français ajustent leurs plans. TotalEnergies poursuit une stratégie d’équilibre entre hydrocarbures, GNL et renouvelables, illustrée par cette analyse de marché « l’art de l’équilibre ». EDF Renouvelables et ENGIE accélèrent sur le solaire/éolien et le stockage, tandis que Neoen, Voltalia et Akuo Energy optimisent leur portefeuille de PPA multi-pays.
Côté réseaux, Enedis et Schneider Electric déploient numérisation, flexibilité et raccordements intelligents. À l’horizon européen, l’enjeu devient d’aligner la vitesse d’exécution avec la montée des industriels et des services énergétiques.
- Capital humain: tension sur les profils techniques; recruter et fidéliser devient critique, voir ce dossier.
- Performance client: guides et retours d’expérience sur la performance énergétique et l’intégration des ENR.
- Financement: capter les flux vers la transition, cf. opportunités d’investissement.
- Stratégie: feuilles de route RSE pragmatiques, voir tendances RSE et stratégies de transition.
Dans cette phase, la proximité avec les clients industriels et les territoires, alliée à des PPA plus souples, fait souvent la différence.
Industriels et fabricants d’éoliennes: Vestas, Siemens Gamesa et Schneider Electric à l’épreuve
Sur l’éolien, Vestas et Siemens Gamesa doivent stabiliser leurs chaînes, maîtriser le génie civil et intégrer des solutions numériques de maintenance. Schneider Electric se place sur l’automatisation et le pilotage des réseaux, maillon critique pour absorber les nouveaux gisements ENR.
Les industriels avancent aussi via l’écosystème: leaders de l’énergie positive, innovations et retours d’expérience structurent l’offre européenne.
- Standardisation: industrialiser pour réduire les coûts; voir l’historique d’un leader de l’énergie positive.
- Conception durable: bâtiments et actifs performants, cf. conception et rénovation.
- Gouvernance: aligner stratégie et finance, voir l’engagement des fonds.
- Perspective: comparaison internationale nuancée, lire cette analyse.
La clé de voûte reste la réduction du risque industriel et financier, afin d’amortir un éventuel cycle pro-fossiles sans déraillement de la trajectoire bas carbone.
Louis Murgia est un journaliste économique chevronné, reconnu pour sa capacité à décrypter les enjeux complexes de l’économie contemporaine. Après des études en sciences économiques et politiques, il a débuté sa carrière dans la presse spécialisée avant de rejoindre la rédaction de plusieurs grands quotidiens nationaux. Au fil des années, Louis a couvert une vaste gamme de sujets, allant des politiques budgétaires aux dynamiques des marchés financiers, en passant par les réformes structurelles. Son approche rigoureuse et pédagogique lui a valu une réputation d’excellence dans le journalisme économique.