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Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste : « Malgré trois ans de croissance économique en Espagne, le taux de chômage stagne autour de 10 % »

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Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste : « Malgré trois ans de croissance économique en Espagne, le taux de chômage stagne autour de 10 % »

Portée par l’immigration, l’essor du tourisme et la mise en œuvre des fonds européens, l’économie espagnole s’est hissée parmi les plus dynamiques de la zone euro. Les chiffres récents le confirment : après une progression d’environ 3,2 % en 2024, la croissance économique reste bien orientée, les recettes touristiques ont frôlé 126 milliards d’euros et les actifs dépassent 22 millions. Pourtant, un paradoxe persiste : le taux de chômage demeure voisin de 10 %. Comment concilier cette vitalité apparente avec un chômage stagnant qui résiste depuis trois ans ? Le « miroir déformant des indicateurs » invite à dépasser les agrégats pour interroger la qualité des emplois, la productivité et les freins structurels.

Dans un entretien accordé à plusieurs médias, Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste à l’IE University, souligne une mécanique d’entraînement : hausse de la population (près de 1,5 million d’entrées nettes depuis 2023), consommation robuste avec une inflation retombée sous 2 %, et réinvestissement des fonds NextGenerationEU (environ 56,7 milliards d’euros engagés). Mais la « tectonique des plaques économiques » révèle une autre réalité : une part importante de l’emploi demeure concentrée dans des services à faible valeur ajoutée, dépendants des cycles touristiques et du logement. À l’heure où Madrid ramène son déficit public sous 3 % du PIB, le défi devient clair : transformer la performance conjoncturelle en gains structurels sur le marché du travail. Croissance et inclusion peuvent-elles avancer au même rythme ?

Croissance économique en Espagne et chômage stagnant : comprendre le paradoxe 2023‑2025

Le contraste est documenté par de nombreuses analyses. La forte reprise post-pandémie, soutenue par l’afflux de visiteurs et la démographie, a été largement commentée : la « remontada » s’est confirmée avec un leadership de la croissance en zone euro et des recettes touristiques records. Dans le même temps, les fragilités de long terme—productivité modérée, spécialisation sectorielle, coût du logement—continuent de freiner l’ajustement du marché du travail, comme le pointe l’examen des vulnérabilités structurelles.

Cette situation, à la fois robuste et incomplète, est au cœur des travaux sur la compétitivité espagnole. Pourquoi l’économie espagnole avance‑t‑elle plus vite que la moyenne tout en affichant un taux de chômage encore à deux chiffres ? Des réponses se dessinent dans l’analyse des moteurs de l’activité—tourisme, consommation, investissement public—que détaillent les effets conjoints du tourisme et de la démographie et les facteurs spécifiques de surperformance. Le dilemme « croissance et chômage » tient donc moins à l’insuffisance de la demande qu’à la composition sectorielle de l’emploi et aux coûts d’ajustement.

Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste : « Malgré trois ans de croissance économique en Espagne, le taux de chômage stagne autour de 10 % »

Tourisme, immigration et fonds européens : le carburant de l’économie espagnole

Trois propulseurs s’additionnent. Le tourisme, d’abord, frôle les 100 millions de visiteurs avec des recettes en hausse continue, un phénomène abondamment décrit par les bilans de fin d’année et confirmé par les indicateurs de l’activité. L’immigration, ensuite, élargit l’offre de travail et la base de consommation, comme l’explique l’analyse des dynamiques démographiques. Enfin, les fonds européens irriguent des projets de modernisation, étudiés par plusieurs observateurs de la relance.

Illustration concrète : à Málaga, Lucía dirige une PME hôtelière qui a rouvert deux établissements et doublé ses effectifs saisonniers. Les carnets de réservation sont pleins, mais le recrutement de postes qualifiés—maintenance, numérique, management—reste difficile. Ce « effet sablier » tire vers le haut les emplois d’entrée de gamme et les fonctions très qualifiées, tandis que la ceinture médiane peine à suivre, accentuant le chômage stagnant de profils intermédiaires.

  • Productivité : la spécialisation dans des services peu capitalistiques limite les gains d’efficacité.
  • Logement : la flambée des loyers dans les hubs touristiques freine la mobilité professionnelle.
  • Compétences : inadéquation entre besoins des entreprises et profils disponibles, malgré la hausse de l’emploi.

Ces leviers expliquent pourquoi, malgré la vigueur de la demande, le taux de chômage résiste encore. D’où l’intérêt d’un ciblage fin des politiques de formation et d’investissement.

Pour aller plus loin, les comparaisons internationales et l’étude du cycle post‑pandémique éclairent les marges de progression du modèle espagnol. Elles mettent en perspective la dépendance au tourisme et l’ampleur des investissements nécessaires pour muscler l’industrie et l’innovation.

Marché du travail : entre progression de l’emploi et freins structurels

Le diagnostic rejoint le constat dressé par Juan Carlos Martínez Lázaro : la création d’emploi est robuste, mais la structure des postes et la qualité contractuelle déterminent l’ajustement. Les pénuries coexistent avec un taux de chômage encore élevé, ce que détaillent les analyses ciblant les moteurs sectoriels. Le contraste avec certains voisins éclaire aussi le sujet : en France, par exemple, la stabilisation autour de 7,5 % rappelle que l’ajustement dépend d’institutions et d’incitations spécifiques.

Les dispositifs d’assurance et d’accompagnement influencent la recherche d’emploi et les transitions. Une mise en perspective utile est proposée par l’analyse comparative des schémas européens d’assistance chômage, tandis qu’un cadrage macro sur les cycles récents est donné dans une synthèse des dynamiques économiques actuelles. Pour qui s’intéresse au pouvoir d’achat, le « miroir déformant » des salaires bruts et nets rappelle que l’arbitrage de la consommation passe par la fiche de paie : voir cet éclairage sur la fiche de paie ou, plus concret, comment convertir 30 000 brut en net.

Au total, l’économie espagnole affronte un enjeu de composition plus que de volume : réduire la part d’emplois précaires, accélérer la montée en gamme et atténuer les goulets d’étranglement territoriaux. C’est à ce prix que croissance et chômage peuvent, enfin, s’aligner.

Les liens entre afflux touristique, consommation des ménages et investissement privé restent majeurs. Mais la diversification productive—numérique, industrie verte, R&D—conditionnera la stabilisation de l’emploi à plein régime.

Croissance et chômage : quelles marges de manœuvre pour 2025 ?

La trajectoire budgétaire offre un peu d’oxygène, le déficit étant repassé sous la barre des 3 % du PIB. Les priorités ? Accélérer les projets NextGen (énergie, rail, digital), fluidifier le logement et renforcer les compétences intermédiaires. C’est le sens des débats soulevés par les observateurs de la croissance et par des entretiens où l’économiste met en garde contre les vents contraires commerciaux.

Le moteur conjoncturel reste solide, comme le rappellent les derniers points d’étape, mais l’horizon dépendra de la transformation du tissu productif. Pour un regard croisé sur perceptions et performances, voir aussi ce regard comparatif sur les économies européennes et sa reprise dans la presse d’idées.

En filigrane, une question demeure : comment convertir une réussite de cycle en progrès durable du marché du travail ? Les réponses passent par la productivité, la mobilité résidentielle et l’investissement en compétences—les véritables plaques tectoniques de la prospérité espagnole.

Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste : « Malgré trois ans de croissance économique en Espagne, le taux de chômage stagne autour de 10 % »

Louis Murgia est un journaliste économique chevronné, reconnu pour sa capacité à décrypter les enjeux complexes de l’économie contemporaine. Après des études en sciences économiques et politiques, il a débuté sa carrière dans la presse spécialisée avant de rejoindre la rédaction de plusieurs grands quotidiens nationaux. Au fil des années, Louis a couvert une vaste gamme de sujets, allant des politiques budgétaires aux dynamiques des marchés financiers, en passant par les réformes structurelles. Son approche rigoureuse et pédagogique lui a valu une réputation d’excellence dans le journalisme économique.

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