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– Thème : Débats et Intelligence artificielle.

Le déploiement de l’Intelligence Artificielle ne suit pas la même logique historique que les précédents transferts d’emplois entre secteurs. Selon le professeur d’économie Bertrand Roudaut, l’essor de l’IA n’entraîne pas une migration des emplois comme cela s’est produit auparavant entre l’agriculture, l’industrie et les services. Ce phénomène est différent car il est lié à la productivité et à la mécanisation, entraînant un changement majeur dans le marché du travail.

La théorie du “déversement” élaborée par Alfred Sauvy met en lumière le transfert de main-d’œuvre active depuis le secteur primaire (agriculture) vers le secondaire (industrie), puis vers le tertiaire (services). Ce processus a été motivé par les gains de productivité résultant du progrès technique et de la mécanisation, initialement observés dans le domaine agricole à la fin du XVIIIe siècle. Les machines plus performantes ont augmenté la productivité agricole, réduisant ainsi les coûts et libérant des ressources pour soutenir l’industrie émergente.

Cette évolution a permis une amélioration globale des niveaux salariaux, des profits et du pouvoir d’achat des consommateurs grâce à des prix plus bas. Les populations rurales ont migré vers les zones urbaines pour travailler dans les usines alors en pleine croissance durant la révolution industrielle. Ainsi, on observe clairement un déplacement significatif de la main-d’œuvre agricole vers le secteur industriel au cours de cette période marquante pour l’économie mondiale.

La qualification la plus élevée

À partir du milieu des années 1970, un déplacement des emplois industriels vers les services s’est produit, entraînant la tertiarisation de l’économie. Cette transition a causé la destruction d’emplois dans l’industrie, principalement ceux qui nécessitaient peu de qualifications. Cependant, de nouveaux emplois ont été créés avec une plus grande qualification pour accompagner le progrès technique. Ces nouveaux postes incluent des rôles tels que la maintenance et l’évolution de la mécanisation, le contrôle et le réglage des machines, ainsi que des emplois liés à l’informatique et à la gestion des réseaux.

Sauvy souligne qu’il y a des obstacles au déversement dû au fait que les emplois créés ne sont pas identiques en nature ou en nombre aux emplois détruits. Cela pose donc un problème concernant la reconversion des travailleurs affectés par le progrès technique.

Malgré cette transition positive dans un premier temps, l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) remet aujourd’hui en question cette thèse optimiste. En effet, cela s’explique par quatre raisons principales :

– Les nouvelles technologies peuvent détruire davantage d’emplois qu’elles n’en créent.
– Les compétences requises pour les nouveaux postes peuvent être très différentes de celles demandées pour les anciens emplois.
– La reconversion professionnelle peut être difficile pour les travailleurs touchés.
– L’intelligence artificielle modifie profondément le paysage professionnel et crée ainsi une incertitude quant à l’avenir du marché du travail.

L’impact de l’intelligence artificielle sur l’avenir du travail : Quelles perspectives pour l’emploi dans les années à venir ?

Journaliste expert en entreprise et en économie. Diplômé de l’ESSEC, Il décrypte avec clarté et pédagogie les grands enjeux économiques nationaux et internationaux, ainsi que les stratégies des acteurs du monde des affaires.

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