L’économiste Isabelle Bensidoun remet en question la théorie classique du commerce international dans un monde où les interdépendances sont devenues des armes géopolitiques. Les décideurs publics semblent ignorer les risques que représentent les mesures prises par de nombreux pays pour assurer leur sécurité économique et affirmer leur souveraineté industrielle, agricole et technologique. Cette attitude soulève des interrogations sur la rationalité de leurs actions ainsi que sur la validité du modèle du consensus de Washington promu depuis quarante ans par les organisations internationales. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les décideurs cherchent à explorer d’autres voies. La montée en puissance de la Chine dans plusieurs secteurs clés grâce à des subventions, des investissements massifs et l’exploitation des transferts de technologie remet en cause l’approche traditionnelle basée sur les avantages comparatifs. Cette évolution suscite des préoccupations quant aux effets néfastes de la concurrence chinoise sur l’emploi, les inégalités sociales et la disparition des industries stratégiques au sein des économies avancées.
• La théorie classique du commerce international est remise en question.
• Les mesures prises par certains pays pour assurer leur sécurité économique ont un impact sur l’économie mondiale.
• Le modèle du consensus de Washington est remis en cause.
• La Chine a acquis une position dominante dans certaines industries grâce à des subventions et investissements massifs.
• L’impact négatif de la concurrence chinoise suscite des préoccupations concernant l’emploi et les inégalités sociales.
Les détails sont importants
Les partisans du libre-échange affirment que malgré les effets inégalitaires du commerce, il ne faut pas recourir au protectionnisme. Ils soutiennent qu’il suffit de compenser les perdants par des politiques d’accompagnement, mais dans la pratique, cela n’a pas vraiment fonctionné. D’autre part, ils estiment que les Etats n’ont pas la capacité de privilégier certains secteurs pour modifier l’économie et craignent un accaparement par des intérêts privés. Pourtant, certains économistes justifient les interventions de l’Etat dans certaines situations, notamment pour réduire la dépendance à des approvisionnements étrangers afin d’assurer la sécurité économique commune.
Il est important de revoir notre approche vis-à-vis du libre-échange et comprendre que compenser les perdants par des politiques d’accompagnement ne suffit pas à corriger ses effets inégalitaires. De plus, remettre en question la capacité des Etats à identifier les secteurs à privilégier pour modifier l’économie peut être justifié dans certaines situations précises.
Journaliste expert en entreprise et en économie. Diplômé de l’ESSEC, Il décrypte avec clarté et pédagogie les grands enjeux économiques nationaux et internationaux, ainsi que les stratégies des acteurs du monde des affaires.