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Telegram sous le feu des projecteurs : faut-il encadrer la liberté en ligne ?

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Telegram sous le feu des projecteurs : faut-il encadrer la liberté en ligne ?

L’interpellation de Pavel Durov, le cofondateur de Telegram, une application de messagerie instantanée utilisée par plus de 900 millions d’utilisateurs dans le monde, constitue un événement sans précédent. Cette situation soulève des questions importantes concernant les limites à établir autour de la liberté d’expression et de l’anonymat en ligne. Faut-il réguler Telegram et le web ? Voici divers avis sur le sujet.

Arguments en faveur de la régulation

Alain Bensoussan : “Le droit à la protection des données ne peut être absolu”

« Le Web ne doit pas être un espace entièrement dérégulé. Les lois qui s’appliquent dans le monde réel doivent également s’appliquer au numérique, d’autant plus que ces deux mondes tendent à converger.

Il est incompréhensible que des actes considérés comme criminels dans la réalité — tels que le trafic d’armes, de drogues ou la diffusion de contenus pédopornographiques — soient tolérés sur certaines plateformes. Pour nos démocraties, accepter des zones de non-droit est inacceptable pour des raisons de sécurité nationale et d’intérêt public.

Suite à l’interpellation de Pavel Durov, le tribunal de Paris a publié un communiqué mentionnant douze chefs d’accusation. Bien que je ne puisse pas commenter l’enquête en cours, certains de ces chefs d’accusation méritent d’être analysés. Plusieurs concernent la fourniture d’outils de cryptologie, qui sont juridiquement considérés comme des armes.

Les opérateurs utilisant la cryptographie doivent soumettre un dossier à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) contenant les clés de déchiffrement. Ces derniers permettent aux autorités de décrypter les messages en cas de menace grave pour l’ordre public. Dans un contexte de guerre, il est évident que l’usage de tels outils ne peut pas être totalement libre. Si Telegram n’a pas respecté ses obligations vis-à-vis de l’ANSSI, l’entreprise risque des sanctions.

« On ne demande pas à Telegram d’espionner ses utilisateurs, mais seulement de collaborer en cas de soupçons fondés concernant des crimes graves. »

Un autre chef d’accusation concerne le refus de communiquer aux autorités compétentes des informations sur certains utilisateurs. J’ai toujours été un fervent défenseur du droit à l’anonymat et à la protection des données personnelles, mais ce droit ne peut pas être absolu.

Dans le cadre d’une enquête judiciaire portant sur des faits graves, un opérateur comme Telegram doit fournir des informations sur ses utilisateurs. Par exemple, si une famille impliquée dans un trafic de drogue reçoit régulièrement des colis d’un oncle en Bolivie, la Poste, qui achemine ces colis, n’a pas le droit d’ouvrir les paquets.

Toutefois, à la demande d’un enquêteur, elle doit donner des informations sur le nombre et le poids des colis, ainsi que l’adresse du destinataire. Nous ne demandons donc pas à Telegram, Facebook ou Instagram d’espionner leurs utilisateurs. Nous demandons simplement aux réseaux sociaux de coopérer en cas de soupçons fondés concernant des crimes.

Enfin, certains chefs d’accusation évoquent la complicité de Telegram dans des trafics d’armes, des réseaux pédophiles ou des escroqueries. En droit, la complicité implique d’aider ou d’assister à la préparation ou à la commission d’une infraction. Cependant, déterminer ce qui constitue une aide ou une assistance peut être sujet à interprétation.

Par exemple, si vous prêtez un couteau à un ami qui commet un crime, vous ne serez complice que s’il vous avait informé de son intention de l’utiliser pour nuire. L’enquête devra donc établir s’il y a réellement complicité dans le cas de Pavel Durov. »

Arguments contre la régulation

Dominique Bleus : “La sécurité du numérique repose sur la cryptologie”

« La cryptologie, ou science du secret, développe des outils permettant de sécuriser les communications et d’empêcher tout accès non autorisé à des messages privés. Bien que ces technologies aient des origines militaires, leurs usages civils sont aujourd’hui nombreux.

En France, lorsqu’on utilise un outil de chiffrement, il est nécessaire de soumettre un dossier à l’ANSSI. Ce dossier, dont le formulaire est disponible en ligne, ne demande pas les codes de déchiffrement, mais simplement les paramètres de la technologie utilisée.

Telegram a basé sa stratégie marketing sur le fait qu’il ne partage pas d’informations avec les autorités — notamment russes. D’ailleurs, un litige impliquant cette application a été porté devant la Cour européenne des droits de l’homme (Podchasov v. Russia), qui a rendu un arrêt début 2024 en faveur de Telegram. Elle a rappelé que la cryptologie est essentielle à la protection des droits fondamentaux.

Cependant, en pratique, la plateforme est peu sécurisée. À moins d’activer une option, les communications sur Telegram ne bénéficient pas d’un chiffrement de bout en bout, ce qui les rend moins sûres que sur d’autres applications comme Messenger ou WhatsApp. Les conversations de groupe ne disposent pas de cette option et restent accessibles à Telegram.

Par conséquent, Telegram pourrait s’avérer être un outil privilégié pour les agences de renseignement, qu’elles soient publiques ou privées. Les utilisateurs se sentent en sécurité et se laissent aller, alors qu’en réalité, leurs conversations peuvent être accessibles.

Le Youtubeur Micode, par exemple, publie des vidéos dans lesquelles il révèle des informations issues de chats sur Telegram. Si une personne non spécialisée parvient à obtenir ces informations, imaginez ce qu’une agence d’État pourrait faire !

« Si, demain, on interdisait tous les outils de communication chiffrés, les criminels trouveraient simplement d’autres moyens. »

Notre société est résolument numérique, et la sécurité du numérique repose sur la cryptologie. Sans celle-ci, il n’y aurait pas de passeport, de voitures connectées, de paiements par carte bancaire, ni même de services de streaming comme Netflix.

Si nous interdisions tous les outils de communication chiffrés, croyez-vous que nous éliminerions le terrorisme, le trafic de drogue ou la pédocriminalité ? Non, les criminels trouveraient d’autres méthodes.

En revanche, nous perdrions notre confiance dans des échanges aussi variés que ceux avec notre avocat, le transfert de dossiers entre un hôpital et un médecin de famille, ou même nos échanges personnels.

Une telle interdiction créerait une situation où la protection de la vie privée disparaîtrait. Cela pénalise l’ensemble des citoyens sans réduire le crime. Pour ma part, je suis convaincu qu’il ne faut pas sacrifier la liberté au nom de la sécurité. »

Telegram sous le feu des projecteurs : faut-il encadrer la liberté en ligne ?

Rédacteur web depuis de nombreuses années, je suis avant tout un passionné du monde de l’entreprenariat. Je dispose de bonnes connaissances SEO, et mets mes compétences rédactionnelles au service de sujets B2B d’actualité et pertinents.

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